Qui a dit que la politique au Canada est fade?

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Réjouissons-nous du déclenchement des élections fédérales de 2015. Jusqu’à la mi-octobre, nous aurons en effet droit, grâce à un subtil défaut langagier de notre premier ministre, à des érections fédérales. Rien de moins!

Monsieur Harper, grand défenseur d’Israël et pourfendeur de jihadistes en tout genre qui a métamorphosé l’image de tolérance et d’entremetteur diplomatique qui paraît le Canada d’une réputation enviable sur la scène internationale en son contraire, n’est pas un idiot. En fait, il s’agit d’un fin stratège politique qui gouverne le pays non pas depuis le parlement, mais bien depuis son bureau.

Aucune muselière n’est trop odieuse dans ce petit jeu politique contrôlé depuis le bureau du premier ministre. Non seulement les hauts fonctionnaires et les scientifiques qui travaillent pour le gouvernement sont interdits de paroles, mais également les députés et ministres du gouvernement conservateur. Tout doit passer par le sommet. Les seules communications permises doivent recevoir le sceau d’approbation des idéologues en culottes courtes qui gravitent à quelques échelons en bas du premier cercle de M Harper.

Même les grands médias canadiens tirent la sonnette d’alarme (ex.: http://tinyurl.com/nex246w). Ce n’est pas M. Harper qui a créé ce problème qui va en s’amplifiant depuis le règne de Pierre-Elliot Trudeau. Le PMO, le bureau du premier ministre, a petit à petit transformé cette institution pour la rendre de plus en plus impériale. Dans ce contexte, le parlement canadien n’arrive plus à jouer son rôle démocratique.

Comme le soulignait l’éditorial du Globe and Mail, ce n’est pas en élisant Thomas Mulcair ou Justin Trudeau qu’on réglera ce problème. Mais au moins les francophones du pays pourront sourires à chaque occasion où le premier ministre évoquera « les érections fédérales ». Qui a dit que la politique canadienne était fade?

Pierre Bigras

Changements climatiques et Etat islamique, vraiment?

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Cette semaine, une étude faisait état du lien entre les changements climatiques au Moyen-Orient et la guerre civile qui règne en Syrie. Ce qui est évident c’est que la région du croissant fertile a été frappée avant le déclenchement de la révolte contre le régime de Bashar Al-Assad, par la pire sécheresse dans les annales des relevés instrumentaux pour cette région (http://tinyurl.com/mfnq2ux).

Dans le cas de la Syrie, un pays caractérisé par une gouvernance bacanle, des pratiques agricoles et des politiques environnementales non durables, cette sécheresse a eu l’effet d’un catalyseur qui a contribué à l’agitation politique qui a secoué le pays. En encourageant une augmentation de la production agricole à l’aide de mesures politiques comme la redistribution des terres, la subventions du carburant diesel pour l’agriculture, des systèmes de quota et le développement de systèmes d’irrigation tributaires de nappes phréatiques marginales, le gouvernement de Bashar Al-Assad a contribué à précariser le secteur agricole.

Selon l’étude précitée au début de ce texte, la diminution récente des précipitations en Syrie résulte d’une combinaison de variabilité naturelle et d’une tendance à l’augmentation de l’assèchement à long terme dans la région, sans lesquelles la sévérité de la présente sécheresse serait très peu probable. Les changements à la baisse des précipitations en Syrie seraient reliés à l’augmentation sur le temps long des hautes pressions moyennes au niveau de la Méditerranée orientale. Il y a également une tendance concomitante au réchauffement dans l’est de la méditerranée qui contribue au dessèchement des sols dans cette région.

Aucune cause naturelle n’explique ces tendances, alors que le dessèchement et le réchauffement correspondent aux tendances relevées dans les études de modélisation qui tiennent compte de l’augmentation des gaz à effet de serre. De plus ces modélisations indiquent un climat futur de plus en plus sec et chaud dans l’est de la Méditerranée. L’analyse des observations et les modélisations indiquent qu’une sécheresse de l’ampleur et de la durée de celle qui est présentement observée en Syrie et qui a joué au rôle dans le présent conflit dans ce pays est deux fois plus probable si elle est une conséquence de l’interférence anthropogénique dans le système climatique.

La sécheresse de 2007-2010 a donc causé une baisse significative de la production agricole et un exode massif vers les centres urbains, contribuant à une hausse massive du chômage et à un étalement urbain de bidonvilles en périphérie des principaux centres urbains.

Mais, il ne faut pas oublier d’ajouter à ce tableau les événements catastrophiques qui ont précédé cette sécheresse sur le territoire iraquien voisin. En 2003 les États-Unis et leurs alliés envahissent l’Iraq de Saddam Hussein. Suite à une victoire militaire apparemment rapide la coalition étasunienne s’enlise dans une guerre asymétrique caractérisée par une division en trois factions de l’ancien État bassiste : Une majorité shiite précédemment opprimée sous Saddam Hussein, une minorité sunnite et les Khurdes du nord du pays. Il n’est pas à propos de faire une description détaillée de ces années de quasi guerre civile dans le contexte de l’invasion, de l’occupation et du démantellement de l’État basisste iraquien par les néocons étasuniens. Rappelons simplement que dans les années précédent la sécheresse catastrophique de 2007-2010 plus d’une million et demi d’iraquiens trouvèrent refuge en Syrie.

En l’absence d’un filet de sécurité sociale conséquent et suite, en 2007-2008, à une augmentation du double du prix des aliments, les premières manifestations contre le régime de Bashar Al-Assad commencent. Dans un premier temps pacifiques, on assiste ensuite à des débordements de plus en plus graves tant du côté de l’opposition que de la part du régime. La déstabilisation de l’armée et le passage de certaines unités du côté de l’opposition signalent le début du conflit armée où s’immisceront très tôt des groupes jihadistes, encouragés dans un premier temps par une attitude de complicité passive du régime de Damas.

Peu à peu l’opposition civile armée appuyée par les États-Unis est défaite ou se rallie à l’EI et/ou au Front Al-Nusrah. Diverses sources affirment que la guerre civile en Syrie auraient fait plus de 200 000 morts et plus d’un millions de réfugiés qui ont fuit vers des pays limitrophes.

On peut se demander si ces événements, ainsi que les conflits en Libye, au Sahel et dans le nord du Nigéria et du Cameroun où sévissent les jihadistes de Boko Haram ne seraient pas également associés aux stress induits dans ces régions par les changements climatiques. Évidemment, les changements climatiques ne sont pas seuls responsables de ces conflits. La déstabilisation de l’ordre régional ottoman en 1920 par l’entente anglo-britannique Sikes-Pico et ultimement en 2003 à cause de l’invasion américaine de l’Iraq compte sans doute bien davantage pour expliquer la situation en Iraq et en Syrie et même au-dela.

De penser que l’EI est un phénomène suis generis dont les recrus seraient issus de la destitution conséquence à la sécheresse de 2007-2010 est absurde. La genèse de l’EI est habituellement relié à la mouvance d’Al Kaeda en Iraq dont le chef Abu Moussa al-Zarkaouis (http://tinyurl.com/d4623) fut tué en 2006 dans un bombardement ciblé de l’armée de l’air américaine. Mais la composante la plus structurée au sein de l’EI est issue directement du régime bassiste. Il s’agit d’un cadre de chefs issues de l’armée, de la police et des services secrets de Saddam Hussein (http://tinyurl.com/pvk5fxm).
Nous somme loin ici de l’image du Jihadisme classique véhiculé par les idéologues de droites au Canada et ailleurs.

Pierre Bigras

L’art du surplace

Dans la vie on dit qui n’avance pas recule, que l’entreprise qui ne grandit pas dépéri que l’immobilité tue, etc., etc. Il y a sans doute du vrai dans tout ça, mais ces avancées, ces élans en avant comportent un prix. Barry Commoner, un des fondateurs de l’écologie moderne nous a laissé les quatre lois de l’écologie. En traduction libre, ça donne ce qui suit:

  1. Toutes les choses sont reliées entre elles. Il n’y a qu’une seule écosphère pour tous les organismes vivants et ce qui affecte un être vivant affecte tous les autres êtres vivants.
  2. Tout doit aller quelque part. Il n’y pas de « déchets » dans la nature et il n’y a pas un « ailleurs » où on peut balancer les choses et les oublier.
  3. La Nature sait ce qu’elle fait. L’humanité a donné naissance à la technologie pour faire mieux que la nature, mais un changement imposé à un système naturel, selon Commoner « aura probablement des effets négatifs sur ce système ».
  4. La gratuité n’existe pas (There Is No Such Thing as a Free Lunch). L’Exploitation de la nature implique inévitablement la conversion des ressources naturelles d’une forme utile à une forme inutile (principe de l’entropie).

Ainsi, tout organisme qui se nourrit, de la simple cellule, jusqu’à la civilisation industrielle produit de l’entropie, cette dégradation de l’organisation. Depuis le début de la révolution industrielle, notre civilisation a été de crise en crise, chacune plus importante que la dernière. Évidemment, pour tout civilisation il y a, comme pour tout organisme, naissance, développement et éventuellement déclin et… disparition. La route entre la civilisation sumérienne et nous peut ressembler à une continuelle avancée, mais il y a eu de nombreuses éclipses entre ces premières civilisation agraire et nous. L’échelle du développement est une courbe ascendante, mais chaque déclin, chaque disparition de ces civilisations qui se sont succédé eut des conséquences dont l’ampleur, de manière général, se sont amplifiées.

Plus personne, ou presque, ne se souvient du smog meurtrier qui affectait Londres au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il aura fallu 12 000 morts lors de cet épisode qualifié de grand smog de Londres en décembre 1952 pour que le gouvernement britannique interdise le chauffage domestique au charbon dans les grandes villes anglaises. Les Britanniques finiront par remplacer le chauffage au charbon par des systèmes de chauffage au gaz naturel.


La colonne Nelson durant le grand smog de Londres de 1952.

Aujourd’hui, malgré des centrales de chauffage urbain de grandes tailles censées minimiser de tels problèmes, les grandes villes chinoises éprouvent essentiellement le même genre de problème qui a affligé Londres au milieu du XXe siècle, mais à une échelle autrement plus importante. Les conséquences de la pollution atmosphérique sur la santé des Chinois sont dramatiques : on estime qu’elle a été responsable de 358 000 décès et 640 000 hospitalisations en 2004. Comme ces chiffres sont fournis par le gouvernement chinois on peut comprendre que la situation pourrait, dans les faits être encore plus catastrophique.

Toutes les civilisations produisent donc des formes dégradées de matière, appelons ça par convention des déchets qui sont associés à leur consommation énergétique. Dans une civilisation agraire, ces déchets proviennent donc de la combustion de la biomasse. Dans notre civilisation insdustrielle la majorité de cette pollution est liée à l’utilisation énergétique des hydrocarbures (Pétrole, gaz naturel et autre propane et butane, etc.). Pourtant en Asie, malgré la progression économique rapide de la Chine et de l’Inde la majorité de la pollution atmosphérique demeure reliée à l’utilisation de la biomasse.

Une étude du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE/UNEP) mené de 1999 à 2002  arrivait à la conclusion que le nuage brun d’Asie était la plus grosse pollution du monde : un nuage qui s’étend sur une surface équivalant à celle des États-Unis, avec une épaisseur variant entre 2 et 3 kilomètres (Le Monde). L’OMS estime qu’en Inde 500 000 décès prématurés étaient annuellement provoqués par cette pollution au détour du millénaire. Celles et ceux qui suivent le feed Twitter de l’ambassade des États-Unis à Pékin savent que les journées où la qualité de l’air est mauvaise ou même dangereuse excèdent largement les journées ou cette dernière est satisfaisante ou bonne (Voir BeijingAir@BeijingAir 48 min 01-15-2014 04:00; PM2.5; 196.0; 246; Very Unhealthy (at 24-hour exposure at this level): où les PM2.5 font référence aux particules d’aérosols de 2,5 microns de diamètre qui sont particulièrement nocives pour la santé).

La question est donc de savoir si la présente période n’est qu’une simple crise de plus qui éventuellement trouvera son remède dans l’innovation technologique, ou s’il s’agit de quelque chose de plus fondamental qui annonce, comme le pressentait pour l’Amérique du Nord la regrettée Jane Jacob, le début d’un nouveau Moyen-âge (voir: Dark Age Ahead).

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La triple crise

La triple crise
Chaque époque de la civilisation humaine est marquée par des conditions matérielles qui lui sont propres. Des conditions qui dictent les limites du développement et du rayonnement des sociétés successives qui ont occupé le devant de la scène.
Pour les civilisations agraires, les limites du développement de l’économie tenaient en grande partie à la force de travail qu’on pouvait harnacher et à la fertilité des sols. La seule autre contribution potentielle à la richesse d’une société donnée venait des guerres de pillage et de conquête permettant l’expropriation ponctuelle ou structurelle de sociétés voisines.
L’invention de la charrue et de meilleurs harnais pour les bêtes de trait permirent une expansion de la productivité agricole et l’extraction de surplus plus important.
Inutile de revenir sur les différents modes de production qui dans le schéma marxiste, ou dans celui de Polyani ou des économistes libéraux (Smith, Ricardo, etc.) se sont succédé pendant l’histoire humaine. Limitons-nous au fait que le système capitaliste et plus particulièrement sa version financière qui domine aujourd’hui nous mène dans le mur à la vitesse grand V.
Il ne s’agit plus ici de la simple possibilité de crises économiques ponctuelles, de récessions ou même de dépressions économiques, avec leurs lots de chômeurs et de misère, mais d’une crise beaucoup plus fondamentale.
Trois conséquences principales découlent de la dynamique du système capitaliste contemporain.
La première se rapporte à la concentration grandissante de la richesse chez un nombre de plus en plus restreint d’individus et d’institutions et son corolaire, l’appauvrissement accéléré de la majorité de la population. Cette concentration s’articule évidemment autour des axes traditionnels du clivage nord-sud, mais également dans toutes les régions du monde entre les détenteurs du capital et ceux qui sont obligés de vendre leur force de travail physique ou intellectuel.
Deuxièmement l’exploitation de plus en plus intensive des ressources naturelles et la pollution industrielle croissante, à la fois toxique et carbonigène pour assurer une perpétuelle croissance économique ont des conséquences de plus en plus néfastes sur des écosystèmes régionaux et sur l’ensemble de la biosphère à cause des changements climatiques induits par l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère. À terme, la seule augmentation du niveau des océans mets à risque la majorité des villes côtières qui comptent pour plus de la population humaine de la planète.
La troisième conséquence tient à la crise de légitimité politique qui afflige les démocraties occidentales. Scandales reliés à la corruption, politiciens bonapartistes idiot ou inquiétant à la Berlusconi ou à la Poutine, ineptitude et bouffonnerie de la gauche française sous François Hollande, dérive idéologique à droite de la classe politique américaine. Le spectacle politique occidentale de ce début du XXIe siècle n’est pas sans rappeler la situation politique de la fin du XIXe siècle.
De toute évidence, ces deux époques constituent des moments de transitions chaotiques. Et on peut légitimement se demander si celle que nous vivons en ce moment ne se terminera pas plus mal encore que la Première guerre mondiale entre 1914 et 1918.
Si la technologie industrielle du début du XXe siècle avait réussi à produire plus de 14 millions de morts dans les tranchées européennes, les capacités nucléaires émergentes au Moyem-Orient, qui est la région la plus instable du monde contemporain, pourraient potentiellement causer des pertes humaines autrement plus importantes et une catastrophe environnementale sans précédent.
En ce moment, seul Israël possède l’arme nucléaire à hauteur de 200 bombes selon certaines sources. Les efforts iraniens pour se doter d’une capacité de frappe nucléaire sont considérés comme une menace existentielle contre l’État hébreu par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. On voit mal comment il n’en serait pas de même pour la République islamique d’Iran qui considère l’arsenal nucléaire israélien comme une épé de Damoclès suspendu au-dessus de la tête du régime de Téhéran. De plus, il n’y a pas la seule rivalité irano-israélienne qui compte ici. Le clivage sunnite-chiite est sans doute tout aussi, sinon encore plus saillant dans la dynamique des antagonismes au Moyen-Orient.
Comme le démontre clairement la guerre civile en Syrie qui avait débuté par une contestation politique interne pacifique du régime de Bashar Al-Assad, à la façon du printemps arabe en Tunésie en Égypte, le clivage sunnite-chiite/Allawite a rapidement été prétexte à une intervention en sous-main des États du Golfe Persique et de l’Iran, respectivement en faveur des différents groupes armés sunnites, d’une part et des minorités Allawite et Chiite de l’autre.
Parce que les sources de financement des groupes armés sont extrêmement diversifiées, ces derniers se sont multipliés au cours des deux dernières années, ce qui explique largement, de pair avec la stratégie du régime d’empêcher par des bombardements aveugles tout retour à la normalité dans les zones tenues par les rebelles, l’aspect meurtrier de ce conflit qui a fait plus de 100.000 morts.
Comme l’avance l’historienne Margaret MacMillan dans une récente publication du Brookings Institution, les parallèles entre notre époque et le début du XXe siècle sont extrêmement troublants. Les deux périodes sont marquées par une poussée de la mondialisation des échanges économiques, par de grandes vagues migratoires, par une course aux armements de la Chine et le déclin relatif des États-Unis dans les domaines économique et donc, à terme, militaire.
Ainsi, une explosion de violence centrée sur l’Axe Arabie Saoudite-Iran pourrait facilement se transformer en confrontation entre la Chine et les États-Unis dans le bassin pacifique à cause de ses conséquences sur l’approvisionnement énergétique de l’Empire du Milieu.

Les dominos

Après le Mali, la France se retrouve encore une fois en première ligne en Afrique. Cette fois, la crise est centrée en République centrafricaine. Le président Bozizé, dernier en date des hommes forts de ce pays entouré par le Cameroun à l’ouest, le Tchad au nord, le Soudan et le Soudan du Sud à l’est, la République démocratique du Congo et la République du Congo au sud (Wikipedia), a vu le pouvoir lui échapper lors de la deuxième guerre civile en 2013. Son prédécesseur Félix Ange Patassé avait fait les frais de la première en 2001, malgré l’assistance des troupes congolaises de Jean-Pierre Bemba, qui s’est retrouvé devant la CPI pour les gestes commis par ses hommes lors de leur séjour peu glorieux à Bangui à l’époque.

Si au Mali les liens de certaines factions de la rébellion touareg avec les islamistes liés à Al Queda sont assez évidents, il semblerait que les liens de la rébellion Seleka à dominance musulmane dans une Centrafrique dont la population est à 80 % chrétienne, n’est pas encore avérées. Mais, à l’évidence l’intervention de la France dans ce pays risque d’attirer l’attention, sinon l’intérêt des Salafistes des pays voisins qui y verront peut-être une occasion stratégique d’étendre leur lutte contre les intérêts occidentaux.

La France aura beau mettre de l’avant une logique humanitaire, le danger génocidaire, et brandir le blanc-seing du Conseil de sécurité de l’ONU, il n’en demeure pas moins que son intervention, en Centrafrique comme au Mali se produit dans un contexte ou les mines d’uranium de la société Areva sont indissociables de l’activisme militaire de l’Élysée. Il ne fait pas de doute que le refus de l’Allemagne de s’associer, ne serait-ce qu’au niveau d’un support logistique, à l’interventionnisme français tient en grande partie à l’abandon par ce pays de la filière nucléaire.

Il ne fait aucun  doute, vu le contexte des demandes répétées du président Hollande en faveur d’une contribution financière, logistique et militaire accrue des alliés de la France pour soutenir le déploiement français en Afrique que cette dernière sait que son engagement sur le continent en est un à long terme. On voit mal comment, dans le contexte malien et centrafricain, mais aussi au Niger et en Côte d’Ivoire, comment il sera possible pour la France dont les finances vacilles, de soutenir son effort militaire sans une contribution substantielle, non seulement de l’Union européenne mais aussi des États-Unis.

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La France au Mali

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On dit que la France au Mali c’est comme les États-Unis en Afghanistan, j’en doute. La France au Mali c’est l’immensité du désert et l’absence d’opposants concentrés face à quelques hommes suréquipés.

Pourtant, une fois reconquise la zone de transition entre le sud et le nord du Mali, aux confins des zones de populations africaines et nord-africaines, commenceront les vrais problèmes.

En effet, on se fie au blog Secret défense la première phase de l’opération Serval a été couronnée de succès en un temps record, mais il est peu probable que la deuxième phase soit aussi facile. Arrêter les deux colonnes d’islamistes d’AQMI qui s’étaient élancées sur les villes de Konna, Douentza et Diaballi et qui ont maintenant été reprises, après le départ des djihadistes qui se sont repliés sous les bombes et les accrochages avec les forces spéciales françaises témoigne de l’avantage de la technique et des moyens supérieurs de la France. Mais cela n’est en rien garant du succès de la phase deux qui consistera à restaurer le contrôle de l’État malien sur l’ensemble du territoire national.

La force africaine qui sera bientôt mise en place ne disposera pas des moyens logistiques nécessaires pour interdire le déplacement des islamistes d’AQMI dans l’arrière-pays. Ces derniers évacueront sans doute Gao et Tombouctou plutôt que de faire face à des combats dont l’issue est scellée d’avance. Cela ne veut pas dire qu’ils ne se battront pas. Effectivement, les islamistes d’AQMI se sont battus à Gao et ils ont subi de lourdes pertes quand les forces spéciales françaises ont saisi l’aéroport et un pont sur le fleuve Niger. Leurs combattants aux points de contrôles sur la route menant au pont ont du faire de biens jolies cibles pour les militaires français équipés de lunettes de vision nocturne et de systèmes de visées infrarouges.

Ce que redoute à présent le commandement français ce sont des attentats sur ses arrières et dans la ville Gao qui vient à peine d’être libérée.

Le porte-parole de l’état-major des armées, le colonel Thierry Burkhard a évoqué la mort d’une dizaine rebelles au cours de la prise de l’aéroport et du pont de Gao et a confirmé que les rebelles poursuivent des opérations de harcèlement contre les forces françaises et maliennes.

Pendant ce temps dans l’ouest du Mali, les forces françaises et maliennes qui avaient libéré Diabali ont repris la route vers Tombouctou sans rencontrer de résistance. Leur progression est cependant laborieuse à cause de l’état des routes. À l’est comme à l’ouest du pays la progression des unités armées a été précédée de frappes de l’aviation française. Il ne fait pas trop bon en ce moment de rouler dans un 4 x 4 surmonté d’une mitrailleuse lourde ou d’un canon léger. De toute manière ont peut aussi de demander où à terme les rebelles vont s’approvisionner en carburant.

Les trois mouvements rebelles d’Ansar Dine, du Mujao et d’AQMI semblent vouloir éviter l’affrontement direct pour le moment. On devine un peu que ces rebelles réservent quelques surprises à la coalition africaine de plus de 7000 hommes qui commencent à débarquer au Mali pour sécuriser le pays. Ce qui est surtout à redouter, si jamais les islamistes se fondent dans les rangs des populations musulmanes touareg ou d’origine maghrébine, c’est une escalade de la répression au sein de ces populations. Situation déjà dénoncée par des organisations des droits de l’homme, comme Human Rights Watch, qui le 21 janvier adressait à présidence de la Répubique la lettre suivante.

l’Organisation française des droits de l’homme, SURVIE publiait elle un document d’information critique sur ce qu’elle appelle « Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali : éléments de contexte et d’explication.

PB

Les anges de Newtown

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Le massacre de 20 jeunes enfants et de 6 de leurs enseignantes dans l’école primaire de Sandy Hook, dans la petite ville de Newtown, petite banlieue huppée de New York où plusieurs résidants sont des cadres supérieurs de grandes entreprises américaines comme IBM, GE, etc., semble avoir choqué la population des États-Unis. Il aura fallu la mort horrible de 20 innocents et de 6 enseignantes qui se sont interposées en vain pour stopper un tueur armé jusqu’aux dents, pour qu’enfin on s’interroge sur le bienfondé d’un contrôle minimal des armes à feu.

Le président Obama a dit « plus jamais ». On verra. Il est impossible dans une société où on peut voir accès aux armes à feu d’empêcher des événements comme ceux de Newtown au Connecticut, ou de Dawson, ici à Montréal. Dans les deux cas, il s’agissait de juridictions où la réglementation était exigeante. Dans les deux cas les armes avaient été achetées légalement, dans les deux cas on avait affaire à un jeune homme déprimé, isolé, replié sur lui-même.

Dans les pages du New York Times, Adam Lankford affirme que les terroristes de Gaza ou de Cisjordanie qui se suicident avec une veste bourrée d’explosif ou les tueurs fous américains ont des historiques très similaires. Ils seraient tous dépressifs… De là à penser qu’il serait impossible d’empêcher ce genre de tueries, il n’y a qu’un pas. Comment, dans un pays où il se vole bon an mal an plus de 500.000 armes sur les presque 300 millions en circulation, pourrait-on empêcher quelqu’un de trouver une arme pour commettre l’impensable? Et surtout, ne me sortez pas l’argument selon lequel c’est le type d’arme qui compte ici. Un fusil à pompe de calibre 12 est une arme tout aussi redoutable dans un espace confiné que la Bushmaster utilisée par Adam Lanza.1218OPEDoops articleLarge v5

Pourtant le rapport des Américains aux armes à feu évolue de manière positive, à preuve cet article du Washington Post qui démontre noir sur blanc que le nombre de foyers américains où on retrouve des armes est à la baisse. Une majorité est également en faveur de l’interdiction des versions civiles semi-automatiques des fusils d’assaut de type M16 ou Kalasnikov. Une courte majorité est même favorable à l’interdiction des chargeurs de grande capacité.

Au bout du compte ce n’est pas la culture de l’arme à feu qu’il faut pointer du doigt, mais bien la société de classe américaine, caractérisée par un blocage de plus en plus poussé de la mobilité sociale, de la polarisation croissante entre les riches et les pauvres. Il ne semble pas y avoir, à première vue, de lien entre le soi-disant « mur fiscal » et les tueries comme celles de Colombine ou de Newtown, mais en fait le premier détermine grandement la possibilité que se produisent de telles tragédies.

PB

L’ambassadrice Suzan Rice ne sera pas la prochaine SOS

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La nouvelle vient de tomber : Suzanne Rice, l’ambassadrice américaine au Nations unies retire sa candidature au poste de Secrétaire d’État (SOS en acronyme anglais) des États-Unis d’Amérique. Certains, surtout du côté africain y verront un effet des récentes révélations concernant la sympathie avouée de Mme Rice vis-à-vis du président rwandais Paul Kagame et de la difficulté que cela représenterait pour les États-Unis, avenant la nomination de Mme Rice comme numéro un de la diplomatie étasunienne.

Pourtant, à part l’article du New York Times qui en faisait état le 10 décembre 2012, on retrouve très peu de commentaires sur les liens étroits qu’entretenait Mme Rice avec le président Kagame et d’autres dictateurs africains. Donc, dans la presse américaine très peu de référence aujourd’hui à propos de ces liens, mais beaucoup, beaucoup d’insistance sur le rôle de Rice dans la minimisation de la mort de l’ambassadeur américain, ainsi que d’autres fonctionnaires en poste en Libye, supposément lors d’une manifestations qui auraient mal tournées, mais qui depuis, ressemble de plus en plus à une opération terroriste couronnée de succès.

Quoiqu’il en soit il s’agit-là d’une bataille perdue pour le président Kagame, mais il est loin d’avoir perdu la guerre, puisqu’il semblerait que Mme Rice soit appelée à Washington comme conseillère à la sécurité nationale… Pour le président Kagame c’est sans doute plus intéressant que d’avoir une Suzanne Rice dans le poste de Secrétaire d’État

Conflits militaires et changements socioéconomiques à une époque de déclin économique

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Conflits militaires et changements socioéconomiques à une époque de déclin économique: Première partie
Allocution présentée en anglais à la International Conference on Sustainability, Transition and Culture Change, Novembre 16, 2012, par Richard Heinberg (traduction adaptation Pierre Bigras)

Les intervenants à cette conférence et, je suppose aussi, la plupart des participants partagent largement une certaine vision du monde. Il est probablement juste de dire que, en tant que groupe, nous voyons l’épuisement des ressources, le chaos financier, et les catastrophes environnementales (principalement liés au changement climatique) comme autant d’imminentes tempêtes convergentes vers notre civilisation industrielle. Nous avons également tendance à penser que le niveau sans précédent de complexité de notre société contemporaine est relié aux subventions accordées à l’industrie historiquement récente des combustibles fossiles et aussi, dans une certaine mesure, à l’innovation sauvage dans le domaine financier. Ainsi, étant donné que la qualité et la quantité de nos sources d’énergie fossile diminueront inévitablement, et alors que les créances s’évaporent au fur et à mesure que le processus de désendettement lié à la plus grande bulle spéculative de l’Histoire se poursuit, une simplification et une décentralisation de nos systèmes sociétaux deviennent inévitables.

Quelles sont les implications sociales de tout cela? Est-ce que les guerres et les révolutions éclateront avec une fréquence toujours plus grande? Est-ce que la démocratie prospèrera, ou est-ce que les masses traumatisées se retrouveront à la merci de tyrans? Est-ce que les Etats-nations survivront, ou se déliteront-ils? Est-ce que des seigneurs de guerre régionaux règneront sur les survivants appauvris et réduits en esclaves? Où est-ce que des réseaux alimentaires locaux et des mouvements sociaux du type « Occupy » (ou des carrés rouges au Québec) réussiront-ils à transformer positivement la société de fond en comble?

Je ne prétends pas avoir une boule de cristal fonctionnelle. Mais l’étude des tendances actuelles, et leur rapprochement avec des analogies historiques peuvent nous aider à mieux comprendre les possibilités qui s’offrent à nous, et nous aider à en tirer le meilleur parti.

Le paysage 21e siècle sera conflictuel
En ce qui concerne notre avenir, quatre principaux moteurs de conflit sont facilement apparents. Il se peut qu’il y en ait d’autres qui se cachent dans les coulisses.

Première il existe une possibilité croissante de conflits entre les riches et les pauvres, c’est-à-dire entre ceux qui ont bénéficié de la période de plus forte croissance économique de l’histoire, d’une part, et d’autre part ceux qui ont fourni leur main-d’œuvre, qui ont été mis à l’écart, ou qui ont été tout simplement éliminé du portrait dans des opérations de confiscation de ressources naturelles.

Le sous-produit de la croissance économique c’est l’inégalité. Non seulement les industriels approprient-ils la plus-value du travail, comme Marx l’a souligné, mais les banquiers accumulent de la richesse grâce aux intérêts versés par les emprunteurs. Nous voyons émergés en temps réel devant nos yeux les inégalités générées par la croissance économique Chinoise, où près de 600 millions de personnes sont sortis de la pauvreté au cours des trente dernières années, grâce à une croissance économique annuelle de neuf pour cent, mais les inégalités économiques en Chine dépassent ce qu’on connaît aux États-Unis et même en Europe de l’Est.

Tout comme la croissance économique produit des gagnants et des perdants au niveau national, ainsi en va-t-il du niveau d’inégalité entre les nations qui grandit au fur et à mesure que l’économie mondiale se développe. Aujourd’hui, l’écart entre le revenu moyen des pays les plus riches et les plus pauvres est plus élevé que jamais.

Les principales forces qui jouent contre les inégalités générées par la croissance économique se résument aux dépenses publiques consacrées aux programmes sociaux de toutes sortes, et aux projets d’aide internationale.

Avec l’arrêt de la croissance économique, ceux qui en ont bénéficié le plus on non seulement la la volonté de maintenir leur avantage, mais aussi les moyens pour le faire. Ce qui signifie que dans une économie en contraction, ceux qui sont les plus pauvres ont tendance à perdre le plus. Il ya des exceptions, bien sûr. Les Milliardaires peuvent en théorie faire faillite en quelques heures ou même quelques secondes à la suite d’un krach boursier. Mais à l’ère des banques et des sociétés «trop grosses pour faire faillite », les gouvernements fournissent un filet de sécurité autant pour les riches et les pauvres.

Des inégalités importantes et croissantes sont généralement supportables en période de prospérité, car les gens au bas de la pyramide des richesses sont encouragés par la perspective de son expansion généralisée. Une fois que la croissance cesse et que l’on glisse vers le bas, l’inégalité devient socialement insoutenable. La baisse des attentes provoque des troubles sociaux, et la misère absolue (au sens d’une privation alimentaire) se traduit souvent par une révolution.

Nous avons vu beaucoup d’exemples de ces tendances dans les deux dernières années en Grèce, en Irlande, en Espagne, aux États-Unis et au Moyen-Orient.

Dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, les efforts du gouvernement pour prévenir ou parer aux soulèvements semblent prendre la forme d’une criminalisation de la dissidence, de la militarisation de la police, et d’une expansion massive de la surveillance qui fait appel à de nouvelles technologies d’espionnage électronique. Dans le même temps, les agences de renseignement sont désormais en mesure d’utiliser la mise à jour des recherches sociologiques et psychologiques pour infiltrer, coopter, détourner et manipuler des mouvements populaires qui cherchent à obtenir une meilleure redistribution de la richesse économique.

Cependant, ces efforts dans le domaine militaire, policier, des relations publiques et dans celui des activités de renseignement nécessitent un financement massif en parallèle à ceux requis pour maintenir les infrastructures des réseaux de distribution électrique, de carburant et de transport. En outre, l’efficacité de ces stratégies est limitée lorsque l’économie souffre d’une récession trop intense, généralisée ou prolongée.

Une deuxième source de conflit trouve sa source dans l’augmentation de la concurrence pour l’accès aux ressources comme le pétrole, l’eau et les minéraux qui se font rares. Parmi les pays les plus riches, le pétrole est plus susceptible de faire l’objet d’une lutte intense, puisqu’il est essentiel pour les transports et le commerce qui en dépend. La course pour le pétrole a commencé au début du 20e siècle et a façonné la politique et la géopolitique du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, et maintenant cette course au pétrole est en pleine expansion en direction de l’océan Arctique et des gisements en mer profonde, comme ceux de la mer de Chine méridionale.

Les conflits pour le contrôle des ressources ne se sont pas limités aux pays, mais peuvent aussi naître au sein de sociétés, comme en témoignent les insurrections en cours dans le delta du Niger, où les revenus pétroliers alimentent la corruption politique, alors que les forages causent des ravages environnementaux qui affectent principalement l’ethnie Ogoni; on peut constater ce même phénomène de lutte politique dans les régions des États-Unis où on pratique la « fracturation  » pour libérer le gaz naturel emprisonné dans les shales, et où les impacts écologiques mettent de plus en plus à rude épreuve le tissu social. Les gens bénéficiant des rentes liées aux forages ne parlent plus à leurs voisins qui eux se débattent avec des problèmes liés à la pollution de la nappe phréatique, un paysage ravagé, et le vacarme de milliers de camions transportant de l’équipement, de l’eau et des produits chimiques. À terme cependant, les villes champignons se transforment en villes fantômes, et presque tout le monde y perd.

Troisièmement, les changements climatiques, et d’autres formes de dégradation écologique sont susceptibles d’engendrer des conflits pour l’accès à des lieux de refuge en cas de catastrophes naturelles. Les agences responsables – y compris l’Institut universitaire des Nations Unies pour l’Environnement et la Sécurité Humaine, soulignent qu’il y a déjà 12 millions de réfugiés environnementaux dans le monde, et que ce nombre va augmenter en flèche à cause des phénomènes météorologiques extrêmes dont la fréquence et de la gravité augmentent sans cesse. En règle générale, lorsque le mauvais temps frappe, les gens quittent leurs maisons seulement en dernier recours, dans le pire des cas ils n’ont pas d’autre option. Comme l’Amérique l’a appris pendant le Dust Bowl des années 1930, alors que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées de leurs fermes dans les Prairies, les changements démographiques rapides reliés à cette migration forcée peuvent créer des contraintes économiques et sociales, notamment une compétition effrénée pour des emplois, des terres et des ressources qui se sont faits rares, le tout menant directement à la discrimination et parfois à la violence.

Où peuvent aller les réfugiés dans un monde déjà plein? Des économies en expansion sont généralement en mesure d’absorber les immigrants et les gouvernements peuvent même encourager l’immigration dans le but de maintenir des salaires plus bas. Mais lorsque la croissance économique cesse, les immigrants sont souvent perçus comme des voleurs d’emplois par la population locale.

Dans ce cas également, les conflits peuvent surgir tant à l’interne qu’entre pays. Les pays insulaires au relief bas risquent de disparaître complètement et les migrations transfrontalières liées au climat augmenteront considérablement. Les habitants des communautés côtières se déplaceront vers l’intérieur des terres. Les agriculteurs des zones en proie à la sécheresse chronique prendront leur bâton de pèlerin. Mais est-ce que toutes ces personnes peuvent être absorbées dans les bidonvilles des mégapoles tentaculaires de la planète? Ou, est-ce qu’une partie de ces villes verront elles-mêmes un exode de leur population à cause de leur incapacité à maintenir en état leurs infrastructures vitales?

Finalement, les changements climatiques, la pénurie d’eau potable, les prix élevés du pétrole, l’accès au crédit qui se raréfiera, le plafonnement de la productivité agricole et la diminution des surfaces emblavées se conjugueront pour créer les conditions d’une crise alimentaire historique, qui affectera les pauvres en premier et avec davantage de force. Des prix alimentaires élevés sont source d’instabilité sociale, que ce soit en France au 18e siècle ou en Égypte au 21e siècle. Alors que les prix élevés actuels sont encore appelés à augmenter, l’instabilité sociale pourrait se propager, débouchant sur des manifestations, des émeutes, des insurrections et des révolutions.

En résumé, les conflits des prochaines décennies seront reliés aux quatre facteurs de l’argent, de l’énergie, de l’accès à la terre et à la nourriture. Ces sources de conflits se chevauchent de diverses manières. Bien que les inégalités économiques ne seront pas, en soit à l’origine de tous les conflits (on peut avancer que la croissance démographique est une cause profonde, mais souvent passée sous silence, de conflits), les inégalités semblent néanmoins destinées à jouer un rôle dans la plupart des conflits futurs, peut importe que le déclencheur immédiat soit une météo extrême, le prix élevé des denrées alimentaires, ou des pénuries d’énergie.

Cela ne veut pas dire que d’autres sources de conflit au-delà de l’argent, de l’énergie, la terre, et la nourriture sont à exclurent. La religion fournira sans doute la bannière autour de laquelle on se ralliera dans bien des cas. Mais, comme ce fut souvent le cas par le passé, ce sera probablement une cause secondaire plutôt que primaire de discorde.

Guerre et paix dans une économie en décroissance
Est-ce qu’une augmentation des conflits conduira à l’expansion de la violence?

Pas si le neuropsychologue Stephen Pinker a raison. Dans un ouvrage volumineux et largement acclamé, intitulé The Better Angels of Our Nature: the Decline of Violence in History and Its Causes, Pinker affirme qu’en général, le niveau de violence a diminué dans notre société au cours des dernières décennies. Il soutient que cette tendance a des racines anciennes qui remontent à notre passage de la chasse et de la cueillette itinérante à l’agriculture sédentaire; de plus, selon lui, cette tendance s’est encore accélérée au cours des deux derniers siècles. Avec l’apparition de la philosophie des Lumières et l’importance que cette dernière attache au respect de l’individu, il s’est produit ce que Pinker appelle la Révolution humanitaire. Plus récemment, après la Seconde Guerre mondiale, la violence a beaucoup diminué, d’abord grâce à l’existence d’une politique de «destruction mutuelle assurée» (MAD) adoptée par les deux grands blocs de la Guerre froide qui étaient dotés de l’arme nucléaire, et ensuite par l’hégémonie mondiale américaine. Pinker qualifie cette situation de « La longue paix ». Les guerres sont devenues moins fréquentes et moins violentes, et la plupart des sociétés ont vu émerger ce que l’on pourrait qualifier de baisse de la tolérance pour l’intolérance; que ce soit pour la violence dans les cours d’école, l’intimidation ou la le dénigrement des homosexuels et des minorités.

Mais il ya un problème avec la conclusion implicite de Pinker selon laquelle la violence au niveau mondial va continuer de diminuer. La longue paix que nous avons connue depuis la Seconde Guerre mondiale pourrait bien se révéler plus courte que prévu à cause du décrochage de la croissance économique planétaire et d’une hégémonie américaine vacillante reliée, selon John Michael Greer, aux «… coûts du maintien d’une présence impériale mondiale (qui) montent en flèche et des profits générés par la pompe à richesse impériale (qui) s’effondrent». Les livres et les articles prédisant la fin de l’empire américain sont légion. Tandis que certains se contente de pointer la montée de la Chine comme rival mondial, d’autres décrivent l’échec imminent de la source essentielle du système impérial américain : le système pétrolier mondial et le commerce qui y est relié (y compris son programme de recyclage des pétrodollars) centré sur le Moyen-Orient. Il y a un certain nombre de scénarios décrivant comment la fin de l’empire pourrait survenir, mais peu de récits crédibles expliquant pourquoi cet empire ne s’effondrera pas.

Quand les empires s’écroulent, comme ils le font inévitablement, il en résulte souvent une compétition effrénée entre peuples anciennement soumis et entre rivaux potentiels pour déterminer la nouvelle hiérarchie des rapports de force. L’Empire britannique fut apparemment une exception à cette règle: dans son cas, la plaque tournante de la puissance militaire, politique, et économique a tout simplement migré vers un allié de l’autre côté de l’Atlantique. Un transfert de puissance du même genre semble peu probable dans le cas des États-Unis, parce que le déclin économique à prévoir au cours du 21e siècle se produira à une échelle mondiale. Une meilleure analogie de la situation présente pourrait être la chute de Rome, qui a mené à des siècles d’invasions barbares ainsi que des soulèvements dans les États soumis à l’autorité de Rome.

Comme Rebecca Solnit le démontre dans son livre : A Paradise Built in Hell: The Extraordinary Communities that Arise in Disaster les catastrophes ne mènent pas nécessairement à la violence. Elle documente cinq catastrophes – les séquelles de l’ouragan Katrina, des tremblements de terre à San Francisco et à Mexico, l’explosion d’un énorme navire dans le port de Halifax, au Canada, et le 9 septembre 2011 pour montrer que les émeutes, le pillage, le viol et les assassinats ne sont pas automatiquement le résultat de telles catastrophes. Au lieu de cela, la plupart du temps, les gens se serrent les coudes, partagent ce qu’ils ont, soignent les victimes, et dans de nombreux cas, trouvent même de nouvelles sources de joie dans leur vie quotidienne.

Toutefois, les types de stress sociaux dont nous discutons aujourd’hui sont peut-être d’une nature différente de ceux répertoriés par Solnit lors de ses événements catastrophiques, en ce qu’ils comportent une «urgence dans la durée», pour reprendre l’expression consacrée de James Kunstler. Pour chaque anecdote touchante sur la convergence des sauveteurs et des soignants sur le site d’une catastrophe, il y aussi de sombres récits de compétition pour les ressources qui transforme des gens normaux en monstres.

Dans le contexte actuel, une source de préoccupation constante doit être le grand nombre d’armes nucléaires maintenant dispersées au sein de neuf pays. Bien que ces armes existent principalement comme moyen de dissuasion de l’agression militaire, et alors que la fin de la guerre froide a sans doute réduit la probabilité d’un échange de tir massif impliquant ces armes d’apocalypse, il est demeure possible d’imaginer plusieurs scénarios aux termes lesquels une explosion nucléaire pourrait survenir à la suite d’un accident, d’une agression, d’une frappe préventive ou de représailles.

Nous sommes dans une course, mais ce n’est pas seulement une course aux armements, en effet, cela pourrait devenir une course inversée aux armements. Dans de nombreux pays à travers le monde les moyens de payer pour l’armement et les conflits armés sont en train de disparaître, en attendant, cependant, il y a une augmentation des incitatifs en faveur des conflits internationaux comme moyens pour recanaliser les énergies des jeunes hommes au chômage et pour détourner l’attention de la population en général, qui pourrait autrement être dans un état d’esprit révolutionnaire. Nous pouvons seulement espérer que l’élan historique en faveur de la « Grande Paix » soit assez solide dans les pays industrialisés pour nous protéger jusqu’à ce que ces derniers soient suffisamment en banqueroute pour ne plus pouvoir se permettre d’organiser des guerres étrangères conséquentes.

Scénarios de simplification : les options pour les élites gestionnaires
Mettant de côté la discussion sur les conflits internationaux, quelles seront les options des nations pour faire face à leur déclin économique interne?

Jusqu’à présent, la solution choisie par de nombreux pays a été l’austérité budgétaire. Une économie en récession débouche sur une baisse des recettes fiscales, tandis que le déficit budgétaire conduit à des niveaux croissants d’endettement public. Lorsqu’un pays contrôle sa propre monnaie, les déficits et l’endettement peuvent théoriquement continuer à augmenter pendant un certain temps, comme cela s’est produit au Japon depuis les années 1980. Cependant, quand 17 pays européens ont abandonné leurs propres monnaies en faveur d’une monnaie commune, l’euro, sur lequel ils ont très peu de contrôle, ils ne peuvent plus suivre la stratégie habituelle de réduction de la valeur de la monnaie nationale afin de réduire le poids de leur dette extérieure. D’autres pays, y compris les États-Unis, hésitent à accumuler une dette colossale, de peur que les paiements d’intérêt finissent par submerger leur budget, ou de peur de générer de l’inflation qui réduirait la valeur des richesses détenues par ceux qui sont au sommet de la pyramide économique. Ainsi, en Amérique et dans une grande partie de l’Europe, on présume que la stagnation ou la contraction de l’économie requiert des coupes dans les dépenses publiques.

Il y a deux gros problèmes avec cette tactique. La première est qu’elle a tendance à ralentir l’économie encore davantage et plus rapidement : alors que les sommes injectés par le gouvernement disparaissent, les citoyens ont encore moins à dépenser. Comme l’économie se contracte, les investisseurs ont tendance à devenir sceptiques à propos de la capacité du gouvernement à rembourser sa dette, de sorte qu’ils exigent des taux d’intérêt plus élevés sur les obligations gouvernementales. Parce qu’il doit payer plus d’intérêts sur sa dette, le gouvernement doit réduire encore davantage ses dépenses pour demeurer solvable, ce qui cause une contraction économique encore plus grave, et ainsi de suite. Cela est essentiellement la crise que traversent les pays de la périphérie sud de l’Europe. Aux États-Unis, l’austérité résultera inévitablement des efforts pour résoudre la crise de la soi-disant « falaise fiscale». La nécessité de l’augmentation des dépenses sociales explose lorsque le chômage, l’itinérance et la malnutrition augmentent, alors que la disponibilité des services sociaux baisse à cause de l’austérité. La solution souhaitée pour échapper à cette spirale mortifère est une reprise rapide de la croissance économique. Mais, alors que le monde se heurte aux limites environnementales de la croissance et aux limites budgétaires de la dette, ce n’est tout simplement plus possible.

L’autre inconvénient majeur d’un programme d’austérité tient au fait que cela rend les gens misérables et colériques (Exemple d’un titre à la une d’un quotidien, datée du 14 novembre : Protestations contre l’austérité : les grèves se répandent à travers l’Europe») et l’instabilité sociale peut causer des problèmes pour les gouvernements.

Éventuellement, certains gouvernements seront sans doute plus enclins à adopter une stratégie différente: fournir davantage de services de base pour minimiser l’instabilité sociale. Mais comment payer pour l’expansion des services sociaux dans un climat de surendettement? Les pays qui possèdent leurs propres monnaies peuvent tout simplement utiliser la planche à billets sans avoir à emprunter auprès des banques. Dans un premier temps, cela ne conduit pas nécessairement à l’inflation. Avec la pénurie des sources d’énergie et de ressources naturelles, l’économie poursuivra sa contraction et ceci, peu importe les sommes conjurés de toutes pièces qui seront injectés par les gouvernements. Mais si les fonds coulent à flot cela créera forcément des bulles spéculatives au niveau des marchandises de base, avec une augmentation concomitante des prix. Néanmoins, jusqu’à un certain point, l’augmentation des dépenses gouvernementales, par exemple en créant un revenu universel de base garantie et une répartition plus équitable des revenus, possiblement rendue possible grâce à une fiscalité plus progressive, pourrait réduire la misère, même dans un contexte économique en nette régression. Dans un tel régime, l’État serait appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans tous les aspects de l’économie.

Lorsqu’on s’engage jusqu’au bout sur la voie de l’austérité, la désintégration sociale finit par s’installer. L’accès centralisé à des services de base peut retarder les troubles sociaux, mais, comme la disponibilité des sources d’énergie va aller en diminuant, le niveau de vie moyen continuera à baisser, et ceci même si l’État s’impose davantage de responsabilités et que la richesse est mieux répartie. Dans ces circonstances, les citoyens se révolteront probablement un jour contre ce qu’ils percevront comme un État centralisé monolithique, inefficace et corrompu. Peu importe la stratégie adoptée par les gestionnaires du système, l’échelle et l’intégration des systèmes nationaux et mondiaux actuels au niveau politique et commercial vont probablement connaître un déclin.

Ceci suggère une troisième voie pour faire face au déclin économique : le développement de systèmes locaux décentralisés résilients. Il est peu probable qu’une telle stratégie soit soutenue par des politiques issues des États-Nations, et elles seront même découragées par les règlements et les lois qui sous-tendent l’autorité des grandes entreprises et des gouvernements centraux. En effet, une nouvelle source de conflit est susceptible de surgir entre les communautés locales et les centres du pouvoir au niveau national et international quand ces communautés chercheront à retirer aux autorités centrales les flux de ressources dont bénéficient ces dernières. Aujourd’hui, le penser local est mignon, à la mode, et progressif, mais dans quelques années, il pourra représenter une menace pour la sécurité nationale.

Si et lorsque se produira une panne majeure des réseaux de transport,des réseaux électriques et autres infrastructures de base qui lient ensemble les pays, les collectivités locales seront probablement en mesure de maintenir seulement une fraction des flux d’énergie actuelle et de marchandises. Nous ne verrons probablement jamais des voisins se réunissant dans les sous-sols d’église pour la fabrication de tablettes informatiques, mais ils pourraient bien se rassemblent pour tenter de réparer quelque gadgets encore potentiellement fonctionnels. Au cours des prochaines décennies, pour la plupart d’entre nous l’économie locale sera surtout une économie de survie (telle que décrite par John Michael Greer dans The Future Ecotechnic, pages 70 et suiv.).

John Robb de ResilientCommunities.com est en désaccord avec ce point de vue. Il croit lui que les nouvelles technologies comme l’impression en 3-D, alimentée par une production décentralisée d’énergie renouvelable, permettront aux collectivités de fabriquer tout ce dont elles ont besoin pour maintenir un haut niveau de vie et de communication, alors même que la consommation totale d’énergie totale ira en diminuant. Il est peut-être un peu trop tôt pour voir qui de Greer ou de Robb propose le scénario le plus réaliste.

Dans les deux cas, un avenir plus localisé semble inévitable; il est donc évident qu’une façon cohérente d’atteindre ce but est préférable à une voie semée d’imprévus associés à la défaillance en cascade des systèmes centralisés.

La gouvernance d’un monde postcarbonique
Nous dirigeons-nous vers un avenir plus autocratique ou démocratique? Il n’y a pas ici de réponse sure ou simple, les résultats peuvent varier selon la région. Cependant, l’histoire récente offre quelques indices utiles.

Dans un ouvrage récent et important: Carbon Democracy: Political Power in the Age of Oil, Timothy Mitchell affirme que la démocratie moderne doit beaucoup au charbon. Non seulement le charbon servit de carburant aux chemins de fer, ce qui permit l’intégration de grandes régions, mais les grèves des mineurs de charbon ont été en mesure de praliner des nations entières, de sorte que leurs demandes en faveur de la syndicalisation, des pensions de vieillesse, et pour de meilleures conditions de travail ont joué un rôle important dans la création de l’État providence moderne. Ce n’était pas un caprice qui a conduit Margaret Thatcher à écraser les grands syndicats des travailleurs du charbon en Grande-Bretagne, elle avait compris que la disparition de ces derniers était la condition sine qua non pour assurer le triomphe du néolibéralisme.

Le charbon a été remplacé, en tant que source d’énergie primaire, par le pétrole. Mitchell suggère que le pétrole a permis aux pays industriels de réduire les pressions politiques internes. Sa production reposait moins sur une classe ouvrière composée de mineurs, mais plutôt sur des géologues et les ingénieurs formés à l’université. De plus, le pétrole se transige au niveau mondial, de sorte que sa production est davantage influencée par la géopolitique que par des grèves locales. « Les politiciens ont vu le contrôle du pétrole à l’étranger comme un moyen d’affaiblir les forces démocratiques nationales », selon Mitchell, et ce n’est donc pas un hasard si à la fin du 20e siècle l’État-providence avait battu en retraite et que les guerres du pétrole au Moyen-Orient étaient presque devenues routinières. Le problème de la «démocratie à l’excès», qui découlait inévitablement de la dépendance au charbon, a été résolu avec succès et de manière pas tellement surprenante par des experts formés à l’université – économistes, professionnels des relations publiques, spécialistes de la guerre, conseillers politiques, spécialistes de la marque et sondeurs. Nous avons organisé notre vie politique autour d’un nouvel organisme : « l’économie », qui devait connaître une croissance sans fin, ou enfin en termes plus concrets, tant que l’approvisionnement en pétrole ne cesserait d’augmenter.

La suppression des tentations démocratiques dans le cadre d’un régime énergétique dominé par le pétrole est également explorée par Andrew Nikiforuk dans un ouvrage brillant intitulé : The Energy of Slaves: Oil and the New Servitude. L’énergie contenue dans le pétrole remplace efficacement la main-d’oeuvre humaine, chaque Nord américain bénéficie ainsi des services d’environ 150 « esclaves énergétiques ». Mais, selon Nikiforuk, cela signifie que consumer du pétrole nous transforme maîtres d’esclaves; et les maîtres d’esclaves ont tous tendance à adopter les mêmes attitudes et les mêmes comportements, dont le mépris de l’autre, l’arrogance et l’impunité. En tant que toxicomanes de cette puissance que nous procure le pétrole, nous devenons à la fois moins sociables et plus faciles à manipuler.

Au seuil du 21e siècle, la démocratie du charbon est presque disparue, tout comme le régime mondial basé sur le pétrole qui est né à la fin du 20e siècle. La production intérieure de pétrole aux États-Unis basée sur la fracturation hydraulique réduit la dominance relative des pétromonarchies du Moyen-Orient, mais à l’avantage de Wall Street qui fournit les montages financiers pour des forages nationaux spéculatifs et peu rentables. Les guerres du pétrole menées par les États-Unis au Moyen-Orient n’ont pas réussi à établir et à maintenir l’ordre qui était recherché au Moyen-Orient et en Asie centrale. Les prix élevés du pétrole ne font que canaliser une cascade de dollars vers les producteurs d’énergie, mais étouffent l’économie dans son ensemble ce qui, au bout du compte, réduit la demande pour le pétrole. Les systèmes de gouvernance semblent être incapables de résoudre ou même de s’attaquer sérieusement aux menaces imminentes dans les domaines financiers et environnementaux, et des ressources, et la «démocratie» persiste principalement sous forme d’une solution en suspension très diluée dont les principales composantes sont l’argent, les modes fugaces, et une manipulation l’opinion publique par des experts.

En d’autres mots, le système de gouvernance du 20e siècle est lui-même soumis à la fracturation. Alors qu’est-ce qui vient après?

Le boom gazier et pétrolier lié à la fracturation hydraulique échouera inévitablement à cause de contraintes financières et géologiques et un nouveau régime énergétique émergera inévitablement. Il sera presque certainement caractérisé principalement par la pénurie, mais il sera éventuellement dominé par des sources d’énergies renouvelables qui prendront la forme soit de panneaux solaires ou de bois de chauffage. Ceci ouvre effectivement la porte à tout un éventail de possibilités en matière de systèmes de gouvernance. Avec le déclin de la mobilité, des systèmes de gouvernement plus petits et plus locaux deviendront plus durables que les empires et les États-nations recouvrant des continents. Mais est-ce ces gouvernements régionaux et locaux survivants finiront par ressembler à des collectifs anarchistes ou des camps retranchés de seigneurs de la guerre? Les récentes innovations démocratiques lancées ou mises en œuvre au cours du printemps arabe et par le mouvement Occupy représentent plus qu’une lueur d’espoir en faveur du premier cas de figure.

L’anthropologue David Graeber soutient que l’échec de la centralisation des institutions gouvernementales peut ouvrir la voie à des organisations démocratiques. Comme preuve, il cite sa propre expérience lors de ses recherches doctorales dans des villages de Madagascar où l’État avait cessé la collecte des impôts et la protection policière. La collecte des impôts et le l’imposition du respect des lois font parti des fonctions gouvernementales les plus élémentaires. Ces communautés par conséquent ont été effectivement laissées à elles même pour se gouverner et subvenir à leurs besoins. Selon Graeber, elles réussissaient à se débrouiller incroyablement bien. «Les gens avaient trouvé des solutions ingénieuses sur la manière de composer avec le fait qu’il y avait encore techniquement un gouvernement, il était tout simplement vraiment très loin. Une partie de l’idée était de ne jamais mettre les autorités dans une situation où elles perdraient la face, ou qu’elles aient à prouver qu’elles étaient en charge. On était incroyablement gentil avec [des fonctionnaires] si ces derniers n’essayaient pas d’exercer le pouvoir, et on rendait les choses aussi difficiles que possible s’ils l’exerçaient. La solution de moindre résistance [pour les représentants de l’autorité] était de jouer la comédie.  »

Le professeur de journalisme Greg Downey, en commentant les idées Graeber, fait remarquer: «J’ai vu quelque chose de très similaire dans les camps de la Movimento Sem Terra (MST ou« Mouvement des Sans Terre ») au Brésil. Des bidonvilles en bordure de route attiraient des métayers, d’anciens paysans pauvres dont les petites parcelles avaient été noyées par les projets hydroélectriques et d’autres réfugiés des restructurations du secteur agricole qui favorisaient les grandes exploitations. « Ces agriculteurs ont été victimes, mais ils étaient loin d’être impuissants. « Des militants et les chefs religieux ont aidé ces communautés à mettre en place leurs propres gouvernements, à prendre des décisions collectives, et éventuellement à occuper des ranchs tentaculaires. . . . Le MST s’est servi des occupations comme rapport de force pour exiger que le gouvernement brésilien respecte la Constitution du pays qui prévoyait des réformes agraires, en particulier au niveau des grandes exploitations qui étaient les fruits de la fraude. . . . Des groupes communautaires, voire des coopératives formées par des personnes peu instruites, ont développé une capacité de plus en plus grande à gérer leurs propres vies en l’absence de l’État. Ils ont élu leurs propres représentants, tenu des réunions communautaires marathon dans laquelle tous les membres ont voté (même les enfants) et, quand ils finalement obtenu des terres, sont souvent devenus des collectivités florissantes, très unies. « 

Doha, une conférence trop loin

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Pour bien apprécier l’absurdité de la COP 18 de Doha, on peu lire (en anglais) une excellente description par John Vidal du Guardian, de la nature surréaliste de cette réunion. Ainsi, la première manifestation au Quatar contre les changements climatiques regroupait de jeunes arabes venus de toute la région qui devaient suivre un script et respecter un code vestimentaires tout en s’abstenant de toutes référence politique…

La 18 conférence des partis (COP 18) vient de débuter à Doha au Qatar. Alors que la grande crise financière et les récessions à répétition qui l’on suivi ne semblent pas sur le point de lâcher prise, il serait donc peu probable que ce dernier round de négociations climatiques débouche sur une entente qui permettrait à l’humanité d’échapper à un monde en surchauffe.

On pourrait même dire que le simple fait d’organiser cette rencontre à Doha augure bien mal pour la suite des choses. La capital du Qatar, petit pays du Golf Persique aux immenses réserves pétrolières et gazières, est le champion per capita des émissions de CO2; trois fois plus que les États-Unis d’Amérique, ce qui n’est pas une mince affaire. On s’imagine un peu que les salles climatisées et les salons feutrés où se déroulent les négociations et les consultations dont dépendent l’avenir de notre civilisation s’approvisionnent en énergiee auprès de génératrices thermiques qui crachent un petit supplément de gaz carbonique à cause de la présence de plus de 17.000 délégués répartis dans les délégations internationales.

Pour en arriver à une entente qui sauvera la donne pour les générations futures il ne faut pas lésiner sur quelques gigatonnes de CO2 supplémentaires. Mais comme le soulignait une étude commandée par la Banque Mondiale qui, prédit que la température moyenne mondiale risque fort d’augmenter de 4 °C d’ici la fin du siècle et nous alerte sur les conséquences de ce scénario : vagues de chaleur extrême, baisse des stocks mondiaux de denrées alimentaires, perte d’écosystèmes et de biodiversité, élévation dangereuse du niveau des mers…

En outre, souligne le rapport, les effets délétères du réchauffement du climat frappent plus durement nombre des régions les plus pauvres de la planète et risquent de saper les efforts et les objectifs mondiaux de développement. Le rapport appelle à poursuivre les efforts d’atténuation du changement climatique, qui constituent la meilleure assurance face à un avenir incertain.

« Nous pouvons et nous devons éviter une hausse de 4 degrés. Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés, déclare le président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. Si nous n’agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le changement climatique est l’un des principaux obstacles auquel se heurtent les efforts de développement, et nous avons la responsabilité morale d’agir pour le bien des générations futures, et en particulier les plus pauvres. »

Après avoir lu ce rapport on a l’impression qu’il faut abandonner tout espoir de sauver le monde que nous connaissons. Les trente glorieuses, ces années de progrès économiques qui ont marqué l’après-guerre (approx. 1955-1990) et qui furent impulsées par des sources d’énergies bon marché, par la rivalité entre les deux grands blocs idéologiques qui déboucha sur une véritable redistribution de la richesse en Occident et qui, depuis 20 ans, est en train de disparaître littéralement sous nos yeux, au point où on est en droit de se demander si cette période prospérité exceptionnelle n’était pas une exception. Si c’est effectivement le cas, nous ne serions pas en train de régresser, mais bien plutôt en train de retourner à la normale qui a prévalu pendant des siècles. C’est-à-dire à un monde marqué au sceau des inégalités sociales et de l’arbitraire politique, auxquels s’ajouteraient maintenant l’instabilité climatique et la précarité environnementale.

Comment expliquer cette paralysie des acteurs internationaux qui, par ailleurs, sont extrêmement conscients des conséquences des changements climatiques? Ainsi, sous l’administration de George W. Bush qui s’entêtait à ignorer, sinon à nier le réchauffement de la planète, le Pentagon avait pourtant préparé une étude qui identifiait sans détour les changements climatiques comme la principale menace à moyen terme contre la sécurité nationale des États-Unis. En fait, il est évident que tout le monde se prépare aux changements climatiques, mais dans une optique de sécurité nationale, ce qui n’augure rien de bon pour les libertés individuelles et le maintien de la démocratie.

Cette dernière d’ailleurs n’est pas en reste et devrait même figurer au banc des accusés responsables de l’inertie et du dénie qui marquent les sociétés occidentales qui sont responsables de la plus grande partie des émissions historiques de CO2, et qui devraient donc contribuer dans une même proportion aux baisses d’émission nécessaires pour empêcher un dépassement de 2C de la température moyenne de la planète. Mais, c’est là le principal différent qui empêche la signature d’une entente de réduction des émissions qui lierait tous les partis.

Il est évident qu’il n’y aura pas d’entente avant la 11e heure, et à ce moment il sera déjà trop tard et nous devrons nous engager sur la voie dangereuse de la géoingénierie pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être. Nous réaliserons alors trop tardivement, comme toutes les autres civilisations qui se sont effondrées avant nous, que notre destinée nous échappe.

Ce ne sera pas la fin du monde, mais le monde changera bien davantage qu’il ne l’a fait après le 11 septembre 2001. Qui plus est, toutes les mesures de sécurités, souvent arbitraires et la délition des libertés individuelles, suites à ces événements terroristes, serviront à mettre nos sociétés occidentales et les autres au pas. Peut-être que l’avenir qui nous attend toutes et tous est celui de l’est de la RDC…

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